La route de Broome à Port Hedland est chiante à mourir. Rien à voir sur 611 km à part les points-essence. Elle longe l’éloquente Eighty Mile Beach, qui n’a d’intéret que pour les pêcheurs puisqu’on ne peut pas s’y baigner. Cette fois c’est les requins, je crois. On a tout fait d’une traite, le mercure grimpait au-dessus de 40°C.
Port Hedland
L’industrieuse ville de Port Hedland, aux bâtiments bas en tôle ondulée et aux maisons en fibrociment, est recouverte par une couche de poussière rouge sombre provenant des montagnes de minerai de fer qui transitent par ses docks. C’est le premier port exportateur de ce minerai en Australie.
[dune de sel à l'entrée de la ville]
Pretty Pool, à 7km à l’est du centre-ville, est un lieu de pêche et de pique-nique très couru (attention aux poissons-pierre). [Lonely Planet]
Un OVNI :
Mémorial de la tornade :
Industrielle mais pas complètement sans intérêt. Les grosses villes portuaires ont quelque chose qui me fascine. Je dois être un des seuls puisque l’unique backpack de Port Hedland a fermé il y a quelques mois. Le front de mer est joliment aménagé, des tortues pondent sur Cemetary Beach quelques mois dans l’année, on en a vu dans l’eau. On en profite pour se ravitailler et en fin d’après-midi on prend la route du Karijini National Park, une véritable perle d’après ceux qui l’ont fait et qui poussent des cris d’extase sitôt le nom prononcé. Avant même d’y être, la route nous a plu :
Karijini National Park – 11302 km
Les impressionnantes gorges, les chutes d’eau spectaculaires, les piscines naturelles, les fleurs sauvages et l’abondante faune du Karijini National Park, à 50km à l’est de Tom Price, en font un site digne d’intérêt. [Lonely Planet]
“Site digne d’intérêt”, quel euphémisme. On se demande ce qu’il leur faut ! J’ignore ce que signifie Karijini dans la langue aborigène du coin mais je parierai bien que c’est un synonyme de paradis. Tout simplement (j’écris cela après avoir fait le tour de l’Australie) le plus beau National Park parmi ceux que j’ai visité. Nous y avons consacré 4 jours entiers – et ça ne m’aurait pas dérangé de rester plus. Jugez par vous-même.
[Fern Pool]
[Fortescue Falls]
Arrivés par la route goudronnée à l’est du parc, nous nous installons au camping de Weano Gorge. On y restera deux nuits.
Le choix des photos d’illustration est hardcore : j’ai envie de tout montrer ! Elles saisissent toutes une partie de ce bijou de parc national. Les couleurs vives – le bleu du ciel, le rouge de la terre, le vert de la végétation, le dégradé bleu-vert de l’eau… – forment des contrastes éblouissants.
Eblouissant pour les yeux comme pour les lentilles des appareils photo numériques, la lumière est trop puissante et l’ombre dépareille :
L’eau est gelée mais rien que pour sa couleur d’opale, on se coule dedans et on lézarde, contre la pierre, côté soleil.
Le troisième jour, nous levons le camp en direction de l’ouest du parc, où s’étend Hancock Gorge. Mais sur le chemin, d’autres gorges s’offrent à nous : Knox et Joffre. Une douleur à la hanche genre nerf pincé me laissera sur le carreau pour celles-ci. Je me contenterai du panomara impressionnant.
[Knox Gorge]
[Joffre Gorge]
Une route traverse le parc lui-même mais ce n’est pas du tout le même délire : 60 bornes de tôle ondulée. Le coffre arrière n’arrêtait pas de s’ouvrir et la poussière rouge s’est infiltré partout, on en a épousseté jusqu’à Perth !
Juste avant le coucher de soleil, au camping (éco-responsable) de Hancock Gorge, on retrouve comme prévu Jeanne et Pascal, des amis d’Audrey qui travaillent à Exmouth depuis quelques mois (notre prochaine étape). Apéro et discussion politique, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas emballé dans un débat face à un Sarkozyste !
C’est donc la bouche un peu pâteuse mais sans douleur à la hanche que je me lève le quatrième jour pour explorer Hancock Gorge. Notre fine équipée empaquette le matériel et n’oublie pas le rituel incontournable de la crème solaire. Parce que le soleil il rigole pas ici. Surtout le matin. Un Australien sur deux chope un cancer de la peau parce que la couche d’ozone a pris la forme d’une lunette de chiotte pile au-dessus de leur pays.
[le pénible mais nécessaire étalage de crème solaire, qui justifierait à lui-seul la présence d'un compagnon de voyage]
Hancock Gorge, catégorie 5, c’est parti ! Tu t’accroches aux parois rocheuses, tu retires tes baskets pour traverser un plan d’eau, tu esquives les araignées vicelardes et tu zappes qu’un serpent mortel peut très bien décider de mordre tes jolis mollets à tout moment, tu es Indiana Jones et tu domines la nature ! Trop bon !
[Hancock Gorge]
[spider walk]
Je prends un pied monstrueux à lutter pour aller au bout du parcours. Contourner les obstacles… Avancer à la force des bras, un pied sur chaque paroi, dans un pan de gorge étroit où coule un ruisseau… Je me découvre une âme de randonneur tout-terrain, ce que je ne soupçonnais absolument pas ; l’expérience me donne envie de programmer des vacances sportives : descendre les gorges du Verdon en kayak, deltaplaner dans les Alpes, randonner dans les Cévennes, VéTéTer dans le Massif Central…
[Oxer Lookout]
Et ce parc d’attractions 100% naturel coûte la modique somme de 11 dollars par véhicule… Epoustouflés par la magnificence du Karijini, dans le van qui n’a pas vraiment apprécié la tôle ondulée nous laissons l’intérieur des terres pour la fameuse Côte Ouest. Et moi je suis devenu comme ceux qui l’ont fait et qui poussent des cris d’extase sitôt le nom prononcé.
Florence + The Machine – The Dog Days Are Over
Toutes les photos du Pilbara, c’est ici.














































